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Il y a 50 ans, Apollo partait sauver Skylab

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 27 mai 2023 à 05:00 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 16:02

Skylab

Skylab

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Le Magazine

N2977 ● 03 juillet 2026

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Le 25 mai 1973, un lanceur Saturn 1B envoyait dans l’espace la mission Skylab 2, dont le premier objectif était de rendre la station orbitale Skylab habitable.

En plaçant le laboratoire Skylab sur orbite terrestre le 14 mai 1973 par une des dernières fusées Saturn 5 encore disponibles, à un peu plus de 400 km d’altitude, les Américains disposent alors de leur première station spatiale. D’une masse totale de 85 tonnes, pour 36 mètres de long et 7 mètres de diamètre, Skylab offre aux astronautes 280 m3 de volume utile avec notamment un espace-vie, un atelier (pour effectuer des expérimentations en micropesanteur) et, sur la station, un observatoire solaire (ATM ou Apollo Telescope Mount) doté principalement de huit instruments d’observation (alimentés par quatre petits panneaux solaires).

Une station orbitale à la dérive

Toutefois, lors du lancement, le bouclier thermique et de protection de micrométéorites et un des deux grands panneaux solaires (accolés à la station) sont arrachés, le second grand panneau solaire étant lui bloqué. Sans bouclier thermique, la température augmente fortement dans la station, entraînant également la libération de produits toxiques. L’équipage, constitué du commandant Charles « Pete » Conrad (3 vols spatiaux à son actif, dont Apollo 12) et des bleus Paul J. Weitz (pilote) et Joseph P. Kerwin (scientifique), devait décoller dès le 15 mai pour rejoindre Skylab. Mais la situation oblige les responsables à revoir le planning en décidant de préparer les astronautes afin que ceux-ci soient capables de sauver la station.

Pour rejoindre Skylab, l’équipage doit utiliser un vaisseau Apollo, un « vestige » du programme lunaire (issu de l’annulation des dernières missions Apollo), lancé par une Saturn 1B. Etant cependant moins puissante que la Saturn 5, Saturn 1B ne peut pas emporter les 30,3 tonnes d’Apollo. Ce dernier est alors modifié et allégé en supprimant notamment un réservoir d’ergols, un réservoir de pressurisation (d’hélium), une pile à combustible ou encore l’antenne à grand gain. La masse est ainsi ramenée à 19,9 tonnes.

Le sauvetage

Le 25 mai, Apollo CSM-116 décolle et rejoint l’orbite de Skylab. Le vaisseau commence par faire le tour de la station afin de vérifier l’état extérieur de celle-ci. Lors du second jour en orbite, pour tenter de déployer le panneau solaire bloqué, Weitz effectue pendant environ 40 minutes une SEVA (Stand-up Extra-Vehicular Activity), c’est-à-dire une presque sortie extravéhiculaire, la moitié de son corps seulement sortant de la trappe du CSM… tandis que son acolyte Kerwin le tient par les jambes ! Cependant, Weitz n’y arrive pas. L’urgence est alors de s’amarrer à la station et de faire baisser la température. A l’aide de tiges télescopiques, les trois hommes réussissent à déployer depuis le sas scientifique une ombrelle permettant de rendre la station vivable. Les jours suivants, les astronautes s’installent, vérifient l’état de fonctionnement de Skylab, mettent en activité certains instruments, etc.

Les EVA

Douze jours plus tard, le 7 juin, Conrad et Kerwin réalisent une première EVA d’une durée de 3h25. L’objectif est principalement de débloquer le panneau solaire restant ; sans succès de leur part, les missions habitées suivantes risqueraient d’être compromises. L’opération réussit et offre ainsi à la station davantage de puissance pour son fonctionnement et celui des instruments scientifiques. Le 19 juin, la seconde et dernière EVA est effectuée par Conrad et Weitz : pendant 1h36, les deux astronautes se chargent de débloquer l’interrupteur d’une des batteries, mais aussi de nettoyer l’objectif d’une caméra et de récupérer (et remplacer) des enregistrements de photographies du Soleil.

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Les expérimentations

Après avoir sécurisé la station orbitale, les trois astronautes s’appliquent à réaliser sur un total de 392 heures les expériences scientifiques prévues, à commencer par de nombreux tests médicaux permettant d’en savoir plus sur les conditions physiques en micropesanteur. Les données récoltées ont été précieuses pour les médecins de vol qui, pour les prochains vols habités, ont ainsi adapté la nourriture et évalué les exercices physiques nécessaires aux astronautes lors d’un vol de longue durée.

Parallèlement aux expériences médicales, les astronautes supervisent notamment le déploiement et la mise en route de l’ATM pour étudier les activités solaires.

Record d’endurance

Avant de revenir sur Terre, les astronautes programment la station orbitale pour qu’elle fonctionne en mode automatique, le temps que le second équipage ne vient y séjourner.

Le 22 juin, après avoir effectué un vol de 28 jours et 50 minutes, le CSM-116 se détache de la station, l’équipage photographie une dernière fois Skylab. L’amerrissage s’effectue avec succès dans l’océan Pacifique, à environ 1 320 km au sud-ouest de San Diego.

Peu après être rentré sur Terre, l’équipage de Skylab 2 est invité le 30 juin par le président Nixon dans sa résidence de La Casa Pacifica en bord de mer à San Clemente (Californie) où il recevait le secrétaire général de l’URSS Leonid Brejnev. En pleine Guerre froide, il n’y avait pas de petits plaisirs, notamment celui de présenter à son adversaire idéologique les astronautes qui venaient de battre le record soviétique du plus long vol spatial (23 jours, 18 heures), jusqu’alors détenu par l’équipage de Soyouz 11 (qui a cependant péri lors du retour sur Terre le 29 juin 1971 à cause de la dépressurisation du vaisseau).

Quelques références

- Un ouvrage : Skylab : America’s Space Station, David J. Shayler, Springer London, 2001

- Le site de la Nasa sur la mission Skylab 2

- Un documentaire de la NASA, Skylab, The Second Manned Mission.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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