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Il y a 65 ans, Vanguard 1, le deuxième satellite artificiel américain

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 17 mars 2023 à 10:06 - Mis à jour le 09 mars 2026 à 08:21

NASM-SI-95-8268

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Après avoir réussi à satelliser le 1er février 1958 Explorer 1, les Américains placent le 17 mars suivant leur deuxième satellite – premier de la série des Vanguard – mais après bien des déboires.

Au début des années 50 est lancée par la communauté des physiciens l’Année géophysique internationale (AGI). A l’instar des années polaires, l’AGI vise à étudier les derniers endroits inconnus de la Terre, en l’occurrence la haute atmosphère et la proche banlieue. Dans ce contexte, les enchères vont bon train entre Américains et Soviétiques qui annoncent en 1955 le lancement des premiers satellites artificiels.

Aux origines de Vanguard

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Américains et Soviétiques se lancent dans une « course aux fusées » pour mettre au point notamment les premiers missiles balistiques pour leur force de frappe nucléaire. Il apparaît que ce type de fusée sera rapidement capable d’emporter des charges importantes, voire des satellites à l’aide d’un ou plusieurs étages supplémentaires. Aux Etats-Unis, la question du satellite est très tôt avancée, un rapport est présenté à ce sujet dès le 29 décembre 1948 au Congrès américain par James V. Forrestal, secrétaire d’Etat à la Défense.

Au moment où se profile l’AGI, des programmes de satellite s’engagent au sein des armées. Ainsi, l’Arsenal de Redstone de l’armée de Terre (où travaille l’équipe de von Braun) propose son Redstone, un missile balistique en cours de développement pour la force de frappe nucléaire, pour satelliser (projet Orbiter) avec un soutien de la Marine. Toutefois, cette dernière, à travers son Naval Research Laboratory (NRL), définit un autre projet (Vanguard) en développant un lanceur à partir de sa fusée-sonde Viking.

Un satellite à des fins pacifiques

Le 29 juillet 1955, les autorités politiques décident que la première satellisation, se déroulant dans le cadre de l’AGI, se fera « avec des buts strictement scientifiques ». C’est la raison pour laquelle l’opération est confiée à la Marine avec son projet Vanguard (« Avant-garde »). Celui-ci consiste à utiliser Viking comme premier étage sur lequel viennent s’ajouter deux étages supérieurs pour satelliser. Le projet est mené au sein du NRL, sous la direction du professeur John P. Hagen, astronome détaché au NRL depuis 1935. Le programme Vanguard se propose de réaliser à la fois le lanceur et le satellite qui, un temps surnommé « l’oiseau », portera au final le même nom que le lanceur. Les premiers vols suborbitaux sont effectués les 8 décembre 1956 (Vanguard Test-Vehicle 0) et 1er mai 1957 (Vanguard TV1) avec respectivement un et deux étages.

Double mauvaise surprise

Toutefois, le 4 octobre 1957, les Soviétiques créent la surprise en plaçant sur orbite Spoutnik 1, premier satellite artificiel de l’histoire. Quelques jours plus tard, afin de dédramatiser, le secrétaire d’Etat américain John F. Dulles tente de calmer les esprits en minimisant l’événement. Les Soviétiques récidivent le 3 novembre suivant avec un second Spoutnik qui, en plus, embarque la chienne Laïka. Entre temps, le 23 octobre, Vanguard TV2 à trois étages est expérimenté, mais il ne s’agit encore que d’un vol suborbital…

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Les Américains ne désarment cependant pas et présentent aux médias le lancement du Vanguard TV3 qui, cette fois-ci, doit satelliser. Toutefois, le satellite, au regard du Spoutnik 2, apparaît bien modeste : une sphère de 16,3 cm d’une masse totale de… 1,46 kg contre 508 kg pour le Spoutnik 2, au point que les médias amusés le surnomment « pamplemousse ». Par exemple, en France, La Liberté du 5 décembre 1957 titre : « Au Cap Canaveral PAMPLEMOUSSE 1er satellite U.S. » [se prépare au lancement]. Le 6 décembre, devant les caméras, Vanguard TV3 avec son satellite retombe après s’être élevé d’environ 1,20 m… C’est la consternation dans les médias américains qui qualifient l’événement de « flopnik », « Kaputnik », etc. En France, La Nouvelle République titre le 7 décembre 1957 par « La VANGUARD qui devait lancer le satellite U.S. explose sur place » ; Paris Match titre le 14 décembre : « Satellite Pamplemousse : l’humiliation ». Pour sauver l’honneur, il est fait appel à l’équipe de von Braun qui, à l’aide d’un Redstone amélioré réussit à satelliser Explorer 1 le 1er février 1958… sans remettre en cause la suite du programme Vanguard.

D’une humiliation à une autre

Le 5 février, une nouvelle tentative est effectuée et… cinquante-sept secondes après le lancement, Vanguard TV3Bu (Test Vehicle 3 Back up) pique du nez, puis se casse en deux. La cause de l'échec est attribuée à un faux signal de guidage qui a amené le premier étage à réaliser des manœuvres de tangage involontaires. La presse française rapporte les déboires. La Montagne du 6 février titre : « Nouvel échec de la fusée Vanguard. Elle a dû être détruite après s’être écartée de sa route » ; Ouest-France : « Pour la seconde fois PAMPLEMOUSSE manque le départ » ; Le Parisien libéré : « Nouvel échec de Pamplemousse. Installé sur le toit, J’AI VU EXPLOSER VANGUARD DANS UNE GERBE DE FEU » témoigne Jean Lagrange.

Enfin le succès

Le 17 mars, la troisième tentative, Vanguard TV4, est enfin un succès et est salué par les médias. Ainsi, Le Républicain Lorrain annonce « VANGUARD I, satellite de la Marine US gravite enfin dans l’espace », précisant qu’il « a rejoint Explorer I et Spoutnik II ». De même, Le Parisien libéré du 18 mars signale à ses lecteurs que « PAMPLEMOUSSE A ENFIN PRIS LE DEPART ». Placé sur une orbite elliptique de 654 km de périgée et de 3 969 km d'apogée, avec une inclinaison de 34,25°, le satellite, dénommé Vanguard 1, devient le quatrième satellite de l’histoire, le second américain. Vanguard dispose d’un ensemble de piles au mercure, un émetteur de télémétrie, un émetteur de balise Minitrack alimenté par des cellules solaires montées sur le corps du satellite, avec six antennes en alliage d'aluminium à ressort de 30 cm de long dépassant de la sphère. Vanguard possède également un système mesurant la température intérieure du satellite afin de suivre l'efficacité de la protection thermique.

Quant aux résultats scientifiques, les émetteurs embarqués montrent que la Terre a une légère forme de poire. Les signaux recueillis permettent également de déterminer le contenu total en électrons entre le satellite et certaines stations de réception au sol. L'émetteur alimenté par des cellules solaires a fonctionné pendant plus de 6 ans, les signaux se sont progressivement affaiblis et sont reçus pour la dernière fois à la station Minitrack de Quito, en Équateur, en mai 1964.

Quelques références

- Un ouvrage : « Les satellites artificiels américains », John Shirley Hurst, Ed. Deux Rives, 1957

- Une publication de la Nasa, Vanguard. A History, Constance McLaughlin Green et Milton Lomask, The NASA Historical Series, Washington, 1970

- Un reportage, Vanguard 1, Hearst Metrotone News, 1958.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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