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Il y a 50 ans, la Chine devenait la cinquième puissance spatiale

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 24 avril 2020 à 05:58 - Mis à jour le 09 mars 2026 à 11:13

Le Magazine

N2977 ● 03 juillet 2026

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En plaçant sur orbite le satellite Dong Fang Hong le 24 avril 1970, la Chine rejoignait le club très fermé des nations ayant la capacité d’accéder à l’espace.

« La Chine s’impose comme puissance spatiale », écrivait le 20 janvier 2020 sur le site internet du quotidien Le Monde son correspondant en Chine Simon Leplâtre, en précisant que, « si les capacités scientifiques et stratégiques du pays dans ce domaine sont encore loin d’égaler celles des Américains, elle progresse très rapidement ». De fait, l’Empire du Milieu est désormais présent dans la plupart des secteurs du spatial. Mais n’oublions pas qu’à l’origine, son retard technologique était abyssal…

La quête de la puissance

Arrivé au pouvoir en 1949 et après avoir instauré un régime communiste en Chine, Mao Zedong souhaite très vite faire de son pays une grande puissance, capable de jouer sur la scène internationale. Ainsi, dès 1950-1953, la Chine s’implique dans la guerre de Corée qui, toutefois, souligne les limites de la puissance chinoise face à la superpuissance américaine. Pour devenir une puissance, Mao Zedong comprend que son pays doit se doter des outils nécessaires, à commencer par le couple bombe atomique / missile balistique. Mais la Chine ne dispose de… rien. Tout est alors à faire.

Qian Xuesen et les transferts de technologies soviétiques 

Au début des années 50, la Guerre froide fait rage. Aux Etats-Unis règne la paranoïa anticommuniste. Ainsi, les jeunes étudiants chinois sont (parmi d’autres) suspectés d’être de potentiels espions et ils sont mis au ban de la société, comme Qian Xuesen (1911-2009). Installé aux Etats-Unis depuis 1936 à l’âge de 25 ans, celui-ci avait rejoint le California Institute of Technology auprès de Théodore von Karman (un des pionniers des études de fusée), avec qui il avait fondé le laboratoire aéronautique Guggenheim à Pasadena (ancêtre du Jet Propulsion Laboratory). En mai 1945, il a même eu l’occasion de rencontrer en Allemagne Wernher von Braun, le père du missile V2… Au début des années 50, inquiété et mis en résidence surveillé, Qian Xuesen souhaite désormais retourner en Chine. Les autorités chinoises y voient alors une opportunité en le faisant revenir, ainsi que d’autres migrants, en échange de prisonniers américains capturés pendant la guerre de Corée.

Des personnalités comme Qian Xuesen permettent à la Chine de combler le retard du pays en général, d’encadrer et de former des spécialistes en particulier. Ainsi, comme le soulignent Isabelle Sourbès-Verger et Denis Borel, la « présence [de Qian Xuesen] joue un rôle décisif dans a mesure où il fournit aux responsables chinois l’expertise nécessaire pour définir précisément leurs objectifs ». Toutefois, cela ne suffit pas. La Chine fait également appel à l’Union soviétique, « pays frère » avec lequel elle entretient alors d’excellents rapports, permettant un important transfert de technologie, notamment en matière balistique. 

Des recherches balistiques au premier lanceur

En 1956, les études balistiques prennent leur essor grâce notamment au transfert des missiles soviétiques R1 (engin dérivé du V2 allemand) et R2. A partir de ce dernier, les spécialistes chinois construisent leur premier missile balistique (à courte portée) appelé « Vent d’est 1 » ou Dong Feng 1 (DF-1).

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En octobre 1957, l’Union soviétique place sur orbite le premier satellite artificiel Spoutnik. D’autres sont lancés. Cela suscite de l’émotion et de l’envi chez Mao Zedong qui déclare : « Le vent d’est souffle plus fort que le vent d’ouest ». Celui-ci annonce vouloir sa construction rapidement. Toutefois, le pays doit faire face aux vicissitudes de la politique intérieure, d’une économie désorganisée avec des contestations et des répressions récurrentes (Campagne des 100 fleurs en 1957, etc.), ce qui entraine le report de la construction du satellite. En revanche, les études balistiques se poursuivent tant bien que mal et, le 5 novembre 1960, le premier DF-1 est testé avec succès. D’autres versions améliorées suivent avec le DF-2 en juin 1964, puis le DF-3 en 1966-67 qui a une portée de 1 500 à 2 700 km, capable d’emporter une bombe thermonucléaire.

Entre temps, entre 1966 et 1969, la Révolution culturelle, terrible répression à l’échelle du pays, menace de tout emporter. Certains secteurs considérés comme stratégiques sont néanmoins sanctuarisés, comme celui des missiles et du spatial placé sous la responsabilité du Premier ministre Zhou Enlai. De ce fait, à la fin des années 60, les spécialistes chinois arrivent à mettre au point le DF-4, un DF-3 avec un second étage, d’une portée de 3 000 à 4 000 km (utilisant des ergols liquides). L’enjeu de celui-ci est de taille, car il est la réponse chinoise à la menace américaine dans le Pacifique (patrouille de sous-marins, base navale de Guam, etc.). De plus, les spécialistes considèrent qu’à partir du DF-4 il est désormais possible de construire un lanceur de satellites…

Le premier programme spatial

Parallèlement aux études balistiques, les Chinois mettent au point des fusées-sondes (T-7, etc.), dont les premiers tirs interviennent en 1964. Des expériences sont menées dans la haute atmosphère. Constatant les progrès dans les fusées en général, Qian Xuesen estime en 1965 que c’est le moment d’aller plus loin : il convainc les autorités politiques d’engager le programme 651, consistant à construire un lanceur et un satellite artificiel. Le secteur spatial prend corps peu à peu avec notamment la mise en place en 1967 de l’Académie de la technologie des lanceurs à Pékin (CALT), et en 1968 de l’Académie de technologie spatiale à Shanghai (SAST) pour les satellites. La responsabilité de la première satellisation est alors confiée à Ren Xinmin (1915-2017), qui comme Qian Xuesen avait fait ses études aux Etats-Unis puis était revenu en Chine en tant que spécialiste des missiles, et à Qi Faren (1933-1999) pour l’expérimentation du satellite. 

La première satellisation

En ajoutant au DF-4 un troisième étage supplémentaire (à propulsion solide), les spécialistes chinois réalisent le premier lanceur Chang Zheng 1 (CZ-1) ou Longue-Marche 1 – ainsi nommé en mémoire du périple que l’Armée populaire avait effectué pour échapper aux troupes nationalistes pendant la guerre civile (1934-35). D’une hauteur de 29,46 m pour une masse totale de 81,5 tonnes, CZ-1 est capable d’emporter une charge de près de 500 kg sur orbite basse. Une première tentative de satellisation intervient le 16 novembre 1969, mais c’est l’échec. Cela donne un répit au rival voisin japonais qui satellise le 11 février 1970…

Le 24 avril à 21h35 (heure locale) depuis la base de lancement de Jiuquan, le lanceur Longue Marche décolle puis, quelques minutes plus tard, l’explosion de joie retentit dans le bunker : le satellite Dong Fang Hong (« L’Orient est rouge ») a atteint son orbite (434 km de périgée, 2162 km d’apogée). De forme polyèdre à 72 faces et avec une masse de 173 kg, DFH-1, qui embarque un émetteur radio, diffuse au monde entier le chant révolutionnaire L’Orient est rouge, écrit en 1942 à la gloire de Mao Zedong et de ses partisans.

La Chine exulte : presse, radio, télévision montrent le succès de la nation. L’événement est d’importance, car le pays est devenu la cinquième puissance spatiale après l’Union soviétique (1957), les Etats-Unis (1958), la France (1965) et le Japon (1970). Désormais, la Chine joue dans la cour des grands.

Références

Un article : « Scientifique chinois. Qian Xuesen », Hervé Morin et Bruno Philip, Le Monde, 6 novembre 2009.

Un ouvrage : Un empire très céleste. La Chine à la conquête de l’espace, Isabelle Sourbès-Verger et Denis Borel, Dunod, Paris, 2008.

Une vidéo sur le premier lancement du satellite chinois avec des images d’archives de propagande.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Pierre-François Mouriaux

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