Dans la vallée de la mort
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Latitude
« Powerpoint » est désormais un mot interdit. Impatiences, contexte géopolitique… L’heure est aux comptes. Deux essais sont à transformer : la démonstration technologique et le cap de l’industrialisation. Deux objectifs sur lesquels tout le monde est en retard, sans exception. La société allemande Isar Aerospace a ouvert le bal, avec une première tentative de lancement depuis la Norvège le 30 mars 2025, sans succès. Isar joue la prudence pour le deuxième vol, sur lequel semble reposer son avenir. Aujourd’hui, l’incompatibilité entre l’expérience optimiste de l’échec au sein du New Space et la culture de sécurité qui habite l’Europe spatiale est immuable : personne ne croira qu’un vol est un succès si le lanceur explose à 300 mètres au-dessus du pas de tir (certains ont essayé).
La complexité technique peut expliquer les retards d’un premier vol. Après tout, Ariane 6 a décollé avec plus de quatre ans de retard. Mais à l’heure actuelle en Europe, le cap de l’industrialisation est l’enjeu sur lequel repose le plus de frustration. Le New Space doit se montrer capable d’exécuter une montée en cadence la plus efficace possible pour répondre à la demande. En 2025, faute de lanceur disponible, plus de 130 satellites européens ont décollé avec SpaceX, dont des dizaines de missions financées avec de l’argent public. Les échecs d’Astra, Virgin Orbit ou d’ABL aux États-Unis l’ont rappelé : faire décoller un lanceur ne suffit pas. Sans cap industriel, la société reste dans la vallée de la mort, l’avenir incertain.
En outre, les comptes de Rocket Lab, pourtant en position largement dominante en tant que seul acteur réellement installé sur le marché occidental, le montrent : le modèle d’affaires des microlanceurs ne peut être solvable. Bien que le manifeste soit très rempli, les vols Electron sont connus pour être très chers. Le coût par lancement est ainsi de 4,8 M$ d’après le rapport annuel 2025, ce qui engendre des pertes structurelles pour le groupe. Il a ainsi perdu 198 M$ l’an dernier. Ce qui fait que le microlanceur est avant tout un strapontin pour viser plus haut.
Influencée par SpaceX et Rocket Lab aux États-Unis, l’attractivité des start-ups de lancement demeure prédominante en comparaison d’ArianeGroup, qui, d’après des témoignages recueillis par Air & Cosmos, semble toujours vu par les élèves ingénieurs comme un acteur trop lent ou ne proposant pas de « mettre les mains dans le cambouis ». En France, les start-ups Latitude, Sirius Space, Maiaspace et HyPrSpace, sont devenues des puits gravitationnels avalant les jeunes talents. Par conséquent, elles se sont retrouvées en phase d’hyper croissance. Une situation en réalité peu enviable quand elle n’est pas contrôlée. Latitude a par exemple gagné près d’une centaine d’employés entre 2021 et 2023, puis s’est transformé très rapidement en PME de 180 employés, d’horizons et d’origines diverses. Une réussite en matière de recrutement, mais qui a eu comme répercussion une chute nette de l’efficacité, au point de ne plus être agile. Les travaux ont été compartimentés, dans des équipes qui ne communiquent pas et dans lesquelles les employés ne se connaissent pas, le tout mené par un leadership amoindri par une directrice générale – fraîchement recrutée – qui a brillé par son absence, comme l’ont rapporté de nombreuses sources.