Drones et antidrones : comment Français et Ukrainiens jouent collectif
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Jean-Marc Tanguy
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Jean-Marc Tanguy
Le Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (Gicat), souvent perçu comme le moins agile des trois groupements professionnels intéressant la défense. Pourtant, il a frappé un premier coup en ouvrant un bureau à Kiev, avec huit personnels, en 2025. Son directeur a une quinzaine d'années d'expérience en Ukraine et était donc légitime pour animer localement cette coopération. Ancien officier spécialisé de l'armée de l'Air et de l'Espace, le responsable des affaires internationales au Gicat plaide pour une intensifier encore la coopération franco-ukrainienne. D’où l’organisation d’une rencontre à Paris, le 8 avril, avec 60 personnes présentes : un tiers d'Ukrainiens, un tiers de Français et un tiers d'institutionnels.
Les drones figurent en tête des sujets : l'industrie ukrainienne possède une réelle expertise dans l'aéronautique... et au combat. Il en résulte un des catalogues de produits parmi les plus denses et diversifiés, avec des drones de toutes tailles et formules, des munitions téléopérées (MTO) et des équipements de lutte antidrone. Pour Paris, cette richesse peut encore être améliorée par les ingénieurs français, avec des tests réalisables dans les centres d'expérimentations des armées (CEAM, Cepa, Stat), mais aussi avec les forces technologiques de l'industrie française.
SBG Systems est ainsi un des experts de la navigation inertielle à bas coût. Sa technologie de microsystèmes électromécaniques (Mems) est plus facile et moins chère à produire en très grande série, c’est-à-dire en milliers d'exemplaires, que celle des gyromètres à fibre optique (FOG, qui a fondé la prospérité de l’ETI Exail). La société emploie 135 salariés, et s'apprête à en recruter « une soixantaine » dévoile le PDG, Thibault Bonnevie. Cette accélération vient des « fortes commandes de dronistes étrangers, notamment allemands, qui vendent en Ukraine et, depuis l'été dernier, des ventes directes aux dronistes ukrainiens. Nous sommes aussi sur deux des trois méga-programmes allemands de munitions téléopérées ». Thibault Bonnevie compte notamment sur la capacité de ses équipements à naviguer en zone GNSS-denied, ce qui est « la règle en Ukraine, mais aussi dans bien d'autres zones de la planète ». Un responsable ukrainien venu à Paris abonde : « Nous avons contribué à améliorer leurs centrales, en les utilisant au combat ». Et c'est bien la force de cette coopération : l'Ukraine teste au combat, fournit des retours d'expérience (retex) techniques, et les produits en sortent valorisés.