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Il y a 60 ans décédait l’un des fondateurs du spatial soviétique

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 14 janvier 2026 à 16:20 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 14:05

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Roscosmos

Le Magazine

N2977 ● 03 juillet 2026

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Peu après le décès de Sergueï Korolev, survenu le 14 janvier 1966, l’Urss annonçait la disparition de « l’un de ses hommes forts » du spatial. Le monde en découvrait alors son existence.

Opération fatale

Souffrant depuis plusieurs années (problèmes cardiaques, hémorragies intestinales, etc.), Sergueï Korolev voit sa santé rapidement décliner au cours de l’année 1965. Au bord de l’épuisement, l’homme poursuit néanmoins ses activités. A la fin de l’année, les médecins décident de lui enlever un polype du colon. Le ministre de la Santé Boris Petrovski se charge de l’opérer... mais l’ablation déclenche une hémorragie entraînant la mort de Korolev. Ce dernier est alors âgé tout juste de 59 ans. « Le décès de l’académicien soviétique Sergueï Korolev, survenu à Moscou le 14 janvier, projette soudain quelque lumière sur l’organisation du programme spatial soviétique, sur le compte de laquelle aucune information n’a jamais été publiée », annonce le quotidien Le Monde le 18 janvier 1966.

Korolev en 13 dates

« Concepteur de victoires spatiales », Sergueï Korolev est né le 12 janvier 1907 (calendrier grégorien) à Jytomir, en Ukraine.

Sa carrière fut spectaculaire, en voici une sélection :

1930 : ingénieur à l’Institut central d’aérodynamique de Moscou.

1931 : en intégrant le Groupe d’études de la propulsion à réaction (GIRD), il effectue un travail de pionnier dans les fusées.

1938-1940 : dans le cadre des grandes purges staliniennes, il est déporté dans le goulag de la Kolyma (Sibérie) ; il en ressort affaibli ; il est totalement libre en juillet 1944. Pendant la guerre, il contribue à mettre au point des fusées d’assistance au décollage pour les avions.

1946 (9 août) : au sein du NII 88, pour développer et améliorer des V2 russifiés (R1, R2…), il est nommé « constructeur principal des fusées à longue portée », responsable d’un bureau d’études qui devient l’OKB-1 (« Bureau de conception et d’expérimentation n°1 »), autonome en 1956.

1953 : accord gouvernemental pour le développement du missile balistique intercontinental R7 Semiorka. Dans un rapport, Korolev écrit : « Les travaux menés sur la nouvelle fusée permettent d’envisager le lancement d’un satellite artificiel de la Terre dans les toutes premières années ».

1954-56 : définition et développement d’un programme de satellites scientifiques. Korolev envisage également d’envoyer des sondes vers la Lune (futur programme Luna).

1957 : un R7 place sur orbite Spoutnik 1 le 4 octobre, puis Spoutnik 2 avec la chienne Laïka le 3 novembre.

1958 (5 juillet) : Korolev établit un ambitieux programme spatial. Il souhaite réaliser des satellites orientés, des satellites à durée de vie illimitée, un alunissage en douceur, un satellite en orbite lunaire, un vol circumlunaire non habité, mais aussi des vols vers Mars et Vénus. Enfin, il envisage rapidement des vols habités,

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1959 : (après 3 échecs), Luna 1 frôle la Lune le 4 janvier devenant la première planète artificielle.

1960 (mai) : Korolev propose la construction des fusées lunaires N-1 et N-2, projets retenus en 1962 (révisés à plusieurs reprises).

1961 : Youri Gagarine effectue le 12 avril à bord de Vostok 1 le premier vol orbital habité.

1962 : mise à l’étude du vaisseau habité 7K ou Soyouz.

1964 : Korolev se consacre entièrement à l’étude d’un homme sur la Lune (projet N1-L3).

Un héritage spectaculaire

Après les premiers Spoutnik, Korolev réalise en moins de dix ans une grande partie de son programme échafaudé en 1958. « Cependant, souligne le spécialiste Christian Lardier, de nombreux projets ne verront pas le jour soit, pour des raisons politiques, par manque de financement (programme non prioritaire), soit pour des raisons techniques (programme « prématuré ») ». En effectuant de nombreuses premières, Korolev marque incontestablement l’astronautique soviétique. En pleine Guerre froide, le « Constructeur n°1 » permet à l’Union soviétique d’être la première puissance spatiale. Certains exploits ridiculisent l’adversaire américain, à commencer par les deux premiers Spoutnik de 1957. Korolev déclare alors qu’un « pont est lancé : les spoutniks soviétiques viennent de relier la Terre et l’espace. La voie des étoiles est libre ». Dès lors la course-compétition fait rage. En 1961, le vol de Gagarine inflige une véritable gifle aux Américains. Tenant à être les premiers, les Soviétiques enchaînent les programmes et les lancements autour de la Terre, vers la Lune, Mars ou encore Vénus. Pour les réussir, les lancements sont nombreux. Tous les risques sont pris et de nombreux échecs sont rencontrés : pour l’exploration de Mars, le premier succès n’intervient qu’en 1971 après… 9 échecs ; pour Vénus, le succès est obtenu avec Venera 4 le 12 juin 1967 après… 11 échecs. Les causes sont souvent liées aux lanceurs, mais aussi à la perte des communications avec les sondes. Korolev ne voit ainsi pas de son vivant l’exploration d’autres mondes, à l’exception de la Lune. La mort prématurée de Korolev laisse le programme spatial soviétique en difficulté. Par exemple, le premier vol habité du Soyouz se terminera par la mort de Komarov (1967), la fusée lunaire fusée N-1 ne rencontrera que des échecs (1969, 1971, 1972), etc.

Un héritage doublement revendiqué

Avec l’ère Poutine, des personnalités de l’époque soviétique sont remises en avant. C’est le cas de Korolev qui est montré comme « un des grands défenseurs de notre patrie ». Avant le conflit russo-ukrainien, la Russie a témoigné sa fierté quant à l’héritage de Korolev. A l’occasion du 114e anniversaire de sa naissance, la Maison russe des sciences et de la culture à Paris rappelle que Korolev est le « fondateur de l’industrie spatiale [et est] l’un des plus grands scientifiques du XXe siècle dans la construction des fusées (…). En grande partie grâce à cet ingénieur soviétique, le vaisseau spatial Spoutnik-1 a été développé et lancé, le premier vol habité sur orbite terrestre a eu lieu et la famille de vaisseaux spatiaux Soyouz a vu le jour. Les réalisations de Sergueï Korolev ont révolutionné l’industrie spatiale dans le monde (…). L’Ukraine est également fière de l’héritage du scientifique soviétique, mais d’une manière particulière : le jour de l’anniversaire de Serguei Korolev, le compte Twitter de l’Ukraine a « attaqué » la page officielle de la Russie »…

Quelques références

- Un ouvrage général : L’astronautique soviétique, Christian Lardier, Armand Colin, 1992.

- Une biographie comparée : Von Braun contre Korolev. Duel pour la conquête de l’espace, Pierre Kohler et Jean-René Germain, Plon, 1994.

- Un article : « L’académicien Korolev a été le ʺconstructeur principalʺ des fusées soviétiques », in Le Monde, 18 janvier 1966.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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