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Il y a 30 ans, Hélios 1, premier satellite de reconnaissance français

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 07 juillet 2025 à 06:53 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 13:57

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Le Magazine

N2977 ● 03 juillet 2026

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Le 7 juillet 1995, en plaçant sur orbite Hélios 1A par une fusée Ariane 4, la France entrait dans le club très restreint des nations disposant de satellite espion. Yves Sillard, ancien directeur général du Cnes témoignait il y a quelques années.

A l’origine, Spot…

« Lorsque je suis arrivé à la direction générale du Cnes en 1976, se souvenait Yves Sillard, il y avait une perte complète de confiance (…), de sérieuses inquiétudes financières [par le fait aussi que] (…) les premiers lancements d’Ariane étaient prévus à la fin de la décennie et qu’il était indispensable que nous engagions un grand programme de satellites lancés par Ariane (…). Avec l’aide efficace de Jean-Jacques Sussel, j’ai réussi à convaincre René Monory, alors ministre de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat (1977-78) d’adopter le programme de Satellite pour l’observation de la Terre (Spot), dont la conception et la préparation avaient été coordonnées par Pierre Morel, directeur général adjoint chargé des Programmes au Cnes ». Pour le faire accepter par les politiques, Yves Sillard a « mis en avant les possibilités et les perspectives d’application exceptionnelles du satellite : il pourrait faire de l’observation avec une excellente résolution pour l’époque, ouvrant ainsi la voie à la possibilité de construire une version militaire ». En 1977, Spot est engagé avec l’aide de partenaires européens (Belgique, Suède).

…puis le projet Samro

Or, à la même époque, la France a maille à partir avec la Libye du colonel Kadhafi qui menace entre 1978 et 1987 l’intégrité du Tchad en voulant notamment annexer la bande d’Aozou (1978-1987). Notre pays prend ainsi conscience de sa dépendance à l’égard des Etats-Unis pour obtenir des informations satellitaires sur les mouvements et les dispositifs militaires libyens. Tous les renseignements proviennent alors des satellites américains Key Hole. Les militaires français engagent une réflexion à travers le projet Samro (SAtellite Militaire de Reconnaissance Optique). Pour éviter toute redondance, Yves Sillard a « alors établi des liens avec la direction des engins de la Délégation générale pour l’Armement pour associer au maximum le Cnes dans le développement des futurs satellites militaires. (…) nous avons pu montrer aux militaires qu’ils bénéficieraient beaucoup de l’expérience Spot ». Toutefois, les chocs pétroliers fragilisent les ambitions nationales, notamment au niveau financier et, en 1982, le projet Samro est définitivement abandonné pour une raison supplémentaire liée au problème de la résolution du satellite estimée insuffisante (de l’ordre de 5 mètres contre quelques décimètres pour le Key Hole américain).

De Samro à Hélios

Quelques années plus tard, le contexte en Europe se crispe de nouveau avec le bloc soviétique, la crise des euromissiles faisant notamment rage jusqu’en 1987, sans compter l’incertitude politique en URSS même. De ce fait, il est décidé en 1985 de relancer le projet de satellite de reconnaissance militaire sous le nom de Hélios – le Soleil qui voit selon la mythologie grecque. N’étant alors pas totalement différent de Samrot, celui-ci devait mieux répondre aux attentes et aux objectifs fixés par l’Etat-major de Armées qui souhaitait disposer d’un outil efficace dans le contexte de l’époque (délitement du bloc communiste, crises et tensions au Proche-Orient et en Afrique).

Conçu avec une participation minoritaire de l’Italie (14%) et de l’Espagne (7%), Hélios est construit pour le compte de la DGA (Direction Générale de l’Armement) sous la maîtrise d’œuvre de Matra Espace (devenu par la suite EADS Astrium, puis Space Systems du groupe Airbus Defence & Space). D’une masse totale de 2,5 tonnes, Hélios 1A reprend la plate-forme de Spot avec certains composants (capteurs, systèmes d’enregistrement, etc.), d’autres sont améliorés ou nouveaux (miroir, système de commande d’attitude et d’orbite, etc.).

Lancements et missions

Le 7 juillet 1995, un lanceur Ariane 4 place avec succès Hélios 1A sur une orbite héliosynchrone à une altitude de 678 km. La France devient la cinquième nation à disposer d’un satellite espion, dit de reconnaissance, après les Etats-Unis (Discoverer 14/ KH 1, 1960), l’Union soviétique (Zenit, 1961), la Chine (FSW, 1975) et Israël (Ofek 3, 1995). Hélios 1B suit le 3 décembre 1999, puis deux Hélios 2 en 2004 et 2009 avec une capacité optique (proche du mètre) et infrarouge. Avec les Hélios 2, la Belgique et l’Allemagne rejoignent la France, l’Espagne et l’Italie. Hélios 1A et 1B fonctionnent respectivement jusqu’en février 2012 et octobre 2004 (en raison d’une défaillance précoce d’un accumulateur).

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Placé sous l’autorité de la Direction du renseignement militaire (DRM), Hélios permet de « préparer des missions, d’évaluer des dommages de combat, de cartographier des zones d’intervention non couvertes par des cartes, de guider des missiles de croisière », confortant ainsi l’indépendance de la France en matière de renseignement militaire.

Souveraineté nationale et perspectives européennes

Si Hélios ne peut encore faire jeu égal avec les Etats-Unis et l’URSS, car modeste dans sa configuration du moment, il n’en représente pas moins « un premier pas spectaculaire », constate le quotidien Le Monde, deux jours après son lancement. Outre le fait qu’il marque « un acte de souveraineté » pour la France, Hélios ouvre des perspectives européennes. Un jour, l’Europe sera capable, souligne Le Monde, « de démontrer son aptitude à déployer, dans l'espace, les yeux et les oreilles que requière une stratégie du renseignement. La construction d'une défense commune en Europe demeure un objectif des gouvernements des principaux pays qui la composent (…) ».

Quelques références

- Un ouvrage : Satellites espions, Jacques Villain, Vuibert, 2009

- Un article : « L’espace, chance de l’Europe », in Le Monde, 9 juillet 1995

- Un entretien entre Yves Sillard, Pierre-François Mouriaux et Philippe Varnoteaux, au Cnes, le 21 avril 2010. Ingénieur militaire et aviateur français, Yves Sillard (1936- 2023) a notamment été directeur du Centre spatial de Kourou (1969-71) et directeur général du Cnes (1976-1982).

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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