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Il y a 35 ans était lancé le satellite d’observation de la Terre Spot 1, un exemple de coopération spatiale

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 24 février 2021 à 06:21 - Mis à jour le 09 mars 2026 à 10:18

Le Magazine

N2977 ● 03 juillet 2026

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Après les Américains (Landsat, 1972), les Soviétiques (Meteor, 1977), les Indiens (Bhaskara, 1979), les Français, avec Spot 1, rejoignaient en février 1986 les nations engagées dans des systèmes d’observation des ressources naturelles.

Quelques années seulement après sa création, le Centre national d’études spatiales (CNES) s’intéresse aux satellites d’application (télécommunications, météorologie, observation de la Terre…). Le lancement par les Etats-Unis, le 23 juillet 1972, du premier satellite de télédétection Landsat alimente la question de savoir s’il serait opportun de développer en France un équipement similaire.

Les enjeux du satellite d’observation de la Terre

A partir de 1973, le CNES (sous l’impulsion de son directeur général Michel Bignier) et l’IGN (dirigé par Georges Laclavère) mènent ensemble la réflexion et, pour cela, mettent en place le Groupement pour le développement de la télédétection aérospatiale (GDTA), rejoint par la suite par d’autres organismes comme le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’Institut français du pétrole (IFP), le Bureau pour le développement de la production agricole (BDPA), etc. Il en ressort l’idée de développer un programme d’expérimentation et de former les utilisateurs. Au cours des années suivantes, les discussions et les projets se poursuivent notamment au Centre spatial de Toulouse (CST, opérationnel depuis le début des années 70). Le contexte des crises et guerres (guerre de Kippour) nourrit le débat, avec l’éventualité de développer également un jour une version militaire du satellite d’observation. La question demeure en suspens jusqu’en 1976.

Un symbole d’engagement

Nommé directeur général du CNES début juillet 1976, Yves Sillard, qui jusqu’alors était à la tête de la direction des Lanceurs (1973-1976), fait le constat suivant : « (…) A l’époque où je suis arrivé à la tête du CNES, nous avions un magnifique champ de tir mais sans lanceurs à tirer et que nos satellites étaient lancés par des lanceurs américains ». En effet, la France est alors engagée dans la construction du lanceur Ariane depuis 1973/74 et, en septembre 1975, elle a procédé au lancement de son dernier Diamant Bp4 depuis le Centre spatial guyanais (CSG). Ce dernier est dès lors mis en sommeil le temps qu’Ariane soit prêt (1979). De plus, pour Yves Sillard, « il a donc semblé que si nous avions un programme de satellites, nous devions les lancer par un lanceur français, sur un champ de tir français. J’ai réussi à convaincre le ministre de l’époque [de l’industrie et de la recherche en charge des activités spatiales], qui était Michel d’Ornano, qu’il fallait que nous [CNES] engagions un grand programme de satellites lancés par Ariane et que celui-ci soit capable de motiver. C’est comme cela qu’a été décidé le programme Spot coordonné par Pierre Morel [à la direction des programmes] (…) artisan très actif de ce programme. (…) Ainsi, on s’est retrouvé à développer un programme très prometteur (Spot) qui, avec Ariane, devenait un véritable symbole d’engagement, permettant de souder le CNES qui du coup retrouvait sa fonction originelle ». Ainsi, les responsables du CNES engagent toute leur autorité et tout leur poids pour que le projet du satellite d’observation de la Terre aboutisse…

Ancrer Spot à l’Europe

Le choix du satellite d’observation de la Terre se légitime alors également par le fait qu’il existait depuis plusieurs années une réflexion à ce sujet et que quelques expérimentations de télédétection aéroportée avaient été effectuées (CNES et l’IGN). En février 1977, Yves Sillard demande aux spécialistes du CST de livrer un avant-projet appelé « Spot » (Satellite Probatoire pour l’observation de la Terre). Les dirigeants du CNES comptent sur l’européanisation du projet car, d’après Yves Sillard, « notre démarche était de trouver un moyen d’alléger financièrement les investissements nationaux. Avec Gérard Brachet, qui était alors le chef du projet Spot, nous avons fait un tour en Europe pour voir quels pays seraient susceptibles de rejoindre notre programme ». Toutefois, Spot ne séduit guère : certains Etats doutent de l’intérêt d’un satellite optique qui dépendrait de la couverture nuageuse (après avoir notamment vu les images parfois décevantes d’Europe du nord prises par Landsat) ; d’autres soulignent qu’ils sont déjà engagés dans des programmes financièrement importants (Spacelab, Ariane, Marots). Au final, seules la Belgique et la Suède acceptent de s’associer au projet français. Yves Sillard : « Nous avons eu effectivement du succès avec la Belgique et la Suède. Pour nous, c’était intéressant ; cette coopération européenne devait être une réussite absolue du programme. Un exemple de coopération spatiale. Dans le cas contraire, je pense que la France aurait mené jusqu’au bout ce programme. C’était beaucoup trop important et avec de nombreux enjeux. Pour moi, Spot permettait de mieux faire « accrocher » à partir du moment où il y avait une coopération internationale ».

Le 19 septembre 1977, le programme Spot est décidé lors d’un Conseil interministériel sur l’espace, confirmé le 9 février 1978 par le Comité économique et social présidé par le Premier ministre Raymond Barre. Le CNES en est le responsable et le maître d’œuvre. La même année, le GATES (Groupe aval de travail pour l’exploitation de Spot) avance l’idée de commercialiser les futures images du satellite à travers une entreprise : Spot Images. Cette dernière est décidée le 15 octobre 1981 en Conseil retreint de politique spatiale, ainsi que la construction d’un second Spot. Créée officiellement le 19 juillet 1982, Spot Images est placée sous l’autorité de Gérard Brachet (1982-1994).

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Les caractéristiques, le lancement

La fabrication de la plate-forme de Spot revient à MATRA ainsi que les deux instruments optiques (HRV- Haute résolution visible de 10 à 20 m). Le satellite embarque également des enregistreurs de données (sur bande magnétique), et un système de transmission des images (vers des stations de réception au sol). Spot a alors cinq grands objectifs : cartographier la Terre, étudier les ressources terrestres (cultures, forêts…), observer les structures géologiques, faire un suivi de l’urbanisation et étudier les risques naturels.

Le 22 février 1986, le dernier exemplaire Ariane 1 lance avec succès Spot 1 (ainsi que le satellite suédois Viking). Il est placé sur une orbite quasi polaire et héliosynchrone, haute de 822 km, avec une inclinaison de 98 degrés et une période de 101 minutes. Le succès est total, la presse locale naturellement exulte. Ainsi, La dépêche du midi titre le 22 février par « Spot sur orbite ! » et, le lendemain, par « Hip, Hip, Hip, Ariane ! Le lanceur Ariane a parfaitement placé sur orbite le satellite toulousain « Spot 1 ». L’Europe spatiale s’est réhabilitée ».

Précisons que, deux mois plus tard, Spot détecte l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine (ex-URSS), démontrant l’utilité d’un tel système.

Prévu pour trois ans, Spot 1 fonctionnera jusqu’au 17 novembre 2003, livrant au total 2,7 millions d’images.

Quelques références

- Un entretien entre Yves Sillard, philippe Varnoteaux et Pierre-François Mouriaux, au CNES, le 21 avril 2010

- Un ouvrage : Les trente premières années du CNES, Claude Carlier et Marcel Gilli, La Documentation française, Paris, 1994

- Pour voir les premières images de Spot 1 : « La première image du satellite Spot : un nouveau regard sur la Terre », 23 février 2016, blog de Gédéon, Un autre regard sur la Terre

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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