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Les poids lourds des télécoms spatiales au régime numérique

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 25 mars 2026 à 10:00 - Mis à jour le 06 mai 2026 à 07:55

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P.-F. Mouriaux / Air & Cosmos

Le Magazine

N2977 ● 03 juillet 2026

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La capitale fédérale américaine accueille cette semaine le 46e salon Satshow (du 23 au 26 mars). L’événement comprend le plus grand rassemblement au monde dédié aux communications par satellite, Satellite. L’occasion de faire le traditionnel point d’un marché qui a complètement changé de visage au cours de la dernière décennie.

Stagnation durable

Le rendez-vous annuel de Washington (auquel l’industrie européenne n’invite plus la presse depuis la crise sanitaire – étonnante stratégie que celle de se cacher en temps de crise…) est l’occasion parfaite de prendre le pouls d’un marché qui a connu une transformation radicale ces dix dernières années. Alors que la demande en connectivité via l’espace a explosé, le marché des satellites géostationnaires de télécommunications jadis florissant a fortement été revu à la baisse, cédant la place à une myriade de constellations sur orbite basse dédiées à l’internet haut débit, qui lorgnent désormais vers la communication directe vers les smartphones, dite D2D (Direct-to-device).

Durant un quart de siècle, entre 1990 et 2015, le marché s’est montré stable, prévisible et très rentable durant les années 1990 à 2015, avec 20 à 25 commandes annuelles. Mais depuis 2017-2018, le marché GEO est entré dans une crise profonde (on parle de « stagnation durable »), avec une demande qui a été structurellement divisée par 2 voire 3. C’est d’abord la consommation télévision classique qui s’est effondrée avec l’arrivée du streaming (Netflix, YouTube), réduisant les besoins en diffusion broadcast. Ce sont ensuite les coûts d’accès à l’espace chamboulés par SpaceX qui ont ouvert les barrières à l’entrée de l’orbite basse, mais aussi le prix des satellites eux-mêmes qui ont fondu tout comme leur taille grâce à la dynamique du New Space. S’est ajouté à cela le problème de l'obsolescence technologique : il faut trois ans pour fabriquer un satellite géostationnaire qui va fonctionner durant quinze ans. Ce modèle est devenu trop rigide dans un monde numérique qui change tous les six mois.

Il y a encore dix ans, l’Europe tenait le haut du pavé, aussi bien du côté des opérateurs historiques (avec Eutelsat en France et SES au Luxembourg) que de celui des constructeurs (Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space). Elle est désormais malmenée, sinon supplantée, par de nouveaux acteurs américains, aussi agiles qu’agressifs, à la fois opérateurs et constructeurs (SpaceX en premier, Amazon aujourd’hui). Qu’il paraît loin l’âge d’or des « satcoms GEO » de 3 à 6 t positionnés à 36 000 km d’altitude pour fonctionner une quinzaine d’année au-dessus d’une zone donnée, essentiellement porté par la télévision par satellite, ou DTH (Direct-to-Home)…

Pierre-François Mouriaux

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