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Chimera, le drone français plébiscité par l’Ukraine mais bloqué par la France

Photo de Xavier Tytelman

Xavier Tytelman

Publié le 10 juillet 2024 à 02:30 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 15:16

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Le Magazine

N2977 ● 03 juillet 2026

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En Ukraine, le drone lourd commandé par fibre optique Chimera et conçu par un français est plébiscité par ses utilisateurs... mais les composants qui permettraient d'en améliorer l'efficacité sont bloqués en France.

Le Chimera se fait une place en Ukraine

Jérôme Beuclair était présent à Kyiv le 24 février 2022, le jour de l’invasion du pays par la Russie, et explique qu'il s'est engagé dans le développement accéléré et la fourniture de ce drone pour une raison : voir la victoire de l'Ukraine sur la Russie. Il ne gagne ainsi pas d'argent sur la vente de son drone Chimera dont les premiers vols ont eu lieu en Ukraine dès la fin de l'année 2022. Il s'agit du développement le plus connu du co-inventeur français, aux côtés de ses partenaires industriels en France, au Luxembourg ainsi qu'en Ukraine où il vit alternativement depuis des années. Une rapidité qui a permis d'engager le drone pour la première fois dès avril 2023 sur le front sud, près de Zaporijia. 

Le Chimera exploite des concepts déjà bien connus et démontrés, mais l'accumulation de toutes les innovations et leur mise en œuvre sur un appareil au coût très faible fait aujourd'hui l’unanimité dans les unités ukrainiennes équipées d’une machine jugée résiliente, simple et efficace "comme un AK47". Le drone existe en version quadra ou hexacoptère de 50 pouces et peut être contrôlé par deux opérateurs , mais son gros facteur différenciant est sa capacité à voler même en environnement totalement brouillé, grâce à l’utilisation d’un câble de fibre optique pouvant atteindre jusqu'à 50 kilomètres de longueur en volant à une altitude d’environ 400 mètres.

Le système de filoguidage interdit en effet tout risque d'interception des signaux, ne permet pas aux systèmes ennemis de détecter le drone via leurs capteurs de guerre électronique associé à la radio-goniométrie, évite de mettre en danger les télépilotes dont la position est souvent dévoilée par leur puissante antenne, le tout en offrant une capacité opérationnelle et un taux de survie très supérieurs. Comme tous les drones à voilure tournante, le Chimera pouvant décoller verticalement puis bénéficier d’une grande mobilité, une caractéristique qui renforce sa capacité à être discret tout en étant plus difficile à détecter par les systèmes de défense ennemis, les radars ayant du mal à détecter des cibles très lentes voire stationnaires.

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668d8f24933a8.webp (Crédits : Image Air & Cosmos)

Autre avantage du drone : son coût très faible au regard de ses capacités, avoisinant les 15 000€ l’unité. Un coût permis par un recours massif à des équipements civils déjà disponibles en grande quantité, ce qui permet une production en série et un déploiement massif, des avantages certains dans le contexte des opérations militaires où la masse compte et où les pertes de drones sont fréquentes.

Un drone à forte capacité d'emport

Outre son système de communication quasi-unique, le Chimera a un capacité d'emport importante, au point de pouvoir larguer un obus de 152 /155mm. Sa nacelle d’emport permet une charge diversifiée comportant des capteurs, mais permet également d'emporter un panier de 4 mines anti tank largables sur les objectifs, une variété permise, d'après son concepteur, grâce à une conception innovante qui optimise la répartition du poids et la stabilité en vol. Des performances records qui font du Chimera une sorte de "canon Caesar volant", avec l'avantage de ne pas émettre de bruit d'explosion au moment du tir. Le drone est équipé de contre-mesures et d'une solution d’auto-défense, mais la version exploitée en Ukraine n'a pas reçu la possibilité d'intégrer tous les systèmes de guidage développés pour la version proposée à la France.

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Au final, la portée opérationnelle du drone en mission permet de larguer des charges de 45 kg à 30 km de distance, voire 50km pour un obus plus "léger" équivalent à un obus de 122 mm.

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668d928a9a9bd.webp (Crédits : Image Air & Cosmos)
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668d93261fb1d.webp (Crédits : Image Air & Cosmos)

L’utilisation du drone Chimera en Ukraine

Satisfait des différentes démonstration réalisées, les brigades Ukrainiennes ont commandé 250 drones, mais les livraisons ne sont aujourd'hui permises qu'en nombre réduit, le financement étant assuré grâce à des collectes ou des partenariats avec des entreprises. Pire : le Ministère de la Défense Ukrainien sollicite ses contacts en France pour pouvoir tester la version Française du Chimera, 100% made in France (y compris les moteurs et les batteries), mais surtout avec une redondance de pilotage en cas de rupture de la fibre-optique... L'Ukraine souhaiterait pouvoir évaluer et acheter la version complète du Chimera, mais la demande officielle Ukrainienne reste jusqu'à présent sans réponse d'après les porteurs du projet.

Malgré ces succès opérationnels et la volonté de voir cette "artillerie 4.0" être un jour déployée par l’armée française, Jérôme Beuclair et ses équipes doivent pour l'instant se contenter de fournir une version qui comble ses utilisateurs, mais dont le potentiel serait bien plus important en cas de décision française.

Xavier Tytelman

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